Depuis le lancement de ChatGPT search, une idée reçue s’est confortablement installée : ChatGPT aurait son propre moteur de recherche, affranchi de Google. L’enquête publiée le 4 septembre 2026 par Peec AI, signée Tomek Rudzki, permet enfin de trancher sur pièces. La réponse tient en une phrase : l’index ChatGPT existe bel et bien, mais le moteur autonome, pas encore.
Le plus savoureux ? Pendant deux mois, ChatGPT a affiché en clair, dans son propre flux de données, la provenance de chacun de ses résultats de recherche. Le tableau documenté par Peec AI est plus intéressant que le mythe : un index maison baptisé Labrador, une couche de cache, et en parallèle des prestataires qui scrapent Google en temps réel.
Comme toujours chez Atypicom, nous séparons trois registres : l’observé (données mesurées), le déclaré (propos officiels, parfois sous serment) et l’analyse (notre interprétation, assumée comme telle). Et quand un fait n’est que rapporté, nous l’étiquetons comme tel.
Qu’a observé Peec AI dans les entrailles de ChatGPT ?
Observé. L’enquête repose sur les événements SSE (Server-Sent Events) : le flux de données que les serveurs de ChatGPT envoient au navigateur pendant la génération d’une réponse. Pas de piratage, pas de fuite : c’est le flux standard d’affichage de l’interface.
Du 21 mai au 21 juillet 2026, ce flux contenait un champ nommé result_source, avec exactement quatre valeurs possibles :
- Labrador : l’index propre d’OpenAI ;
- Bright (très probablement Bright Data) : scrape les résultats web de Google et, séparément, Google Maps ;
- Oxylabs : scrape Google et alimente le vertical actualités ;
- SERP : un canal de scraping de pages de résultats dont l’article ne nomme pas le moteur source.
Autrement dit, pendant deux mois, ChatGPT a dit lui-même d’où venaient ses résultats de recherche. Puis le champ a disparu. Chez Peec, cette disparition reste implicite ; l’étude RESONEO relayée par Search Engine Land le 17 août 2026 la confirme explicitement : « du jour au lendemain », le 21 juillet, sur tous les comptes suivis.
Labrador, l’index maison de ChatGPT, existe-t-il vraiment ?
Observé. Oui, et ce n’est pas un gadget. Labrador n’est pas un index unique mais une famille d’index verticaux : web, actualités (avec trois paliers de fraîcheur), PDF, YouTube, arXiv, Wikipédia, local, finance, juridique, médical, shopping et images. Il stocke ce que stocke un moteur comme Google : le contenu complet des pages, la date de crawl et la date de publication.
Le crawl est bien réel. Metehan Yeşilyurt (Peec AI) a mis en ligne un site test d’un milliard de pages : début septembre 2026, ChatGPT en avait déjà crawlé 6 millions, au rythme de 35 000 requêtes par heure.
Mais cet index n’est pas encore le canal principal : OpenAI le teste par tranches. Mi-août 2026, l’expérience « prefer-index-over-serp-v3 » (préférer l’index à la SERP scrapée) touchait 8 % des conversations, avec des tranches montant jusqu’à 20 %. Au 2 septembre, au moins cinq expériences shopping tournaient en parallèle. Une montée en charge, pas une production généralisée.
ChatGPT a-t-il encore besoin de Google et de Microsoft ?
Observé. Deux des quatre sources du champ result_source, Bright et Oxylabs, sont des scrapers de Google.
Rapporté. Peec relate par ailleurs une expérience de Malte Landwehr, CPO de Peec AI, décrite uniquement dans l’article à ce jour : un site sans aucun trafic organique, interrogé certains jours seulement via ChatGPT. Ces jours-là précisément, Google Search Console enregistre un pic de trafic pour ce site. ChatGPT interroge donc Google au moment même où il ancre ses réponses.
Déclaré. Côté Microsoft, l’aide officielle d’OpenAI précise que, pour les offres Enterprise et Edu, le seul fournisseur de recherche tiers utilisé est Bing (moteur par défaut de ChatGPT depuis mai 2023). Côté observé, Bing apparaît aussi comme source dans les SSE de Deep Research (observation de David Konitzny, Peec AI). Microsoft a par ailleurs annoncé Web IQ en juin 2026, sa plateforme de grounding construite sur l’index Bing (latence de 164 ms en p95). Peec affirme que Web IQ alimente déjà ChatGPT ; à notre dernière vérification, ni la page produit ni le billet d’annonce ne mentionnent ChatGPT ou OpenAI. Seule la presse SEO le rapporte, de seconde main. Prudence, donc.
Déclaré, sous serment cette fois. Le 22 avril 2025 (et non 2024, comme l’écrit par erreur l’article Peec), Nick Turley, responsable de ChatGPT chez OpenAI, a témoigné au procès antitrust américain contre Google. OpenAI ancre ChatGPT sur des résultats tiers depuis 2023, a souffert de la qualité des fournisseurs non Google et s’est vu refuser, en août 2024, l’accès à l’API de recherche de Google. L’objectif interne d’environ 80 % du trafic servi depuis l’index propre n’est pas atteint (« nowhere near close », selon The Information). Plus parlant encore : même avec un accès complet aux données de Google, il faudrait à OpenAI au moins cinq ans rien que pour déterminer si une autonomie à 100 % est réalisable. Pas pour y parvenir : pour savoir si c’est possible.
Quelles sont les sources de l’index ChatGPT ?
Réponse noir sur blanc, en dissociant ce que tout le monde mélange : l’index (le stock) et la récupération en temps réel au moment de la requête (le flux).
Ce qui alimente l’index propre (Labrador et son cache) :
- le crawl propre d’OpenAI, démontré par le site test d’un milliard de pages. Quel robot construit cet index ? Ce n’est pas établi : la documentation officielle ne décrit, côté recherche et crawl, que OAI-SearchBot (visibilité dans ChatGPT search), GPTBot (entraînement) et ChatGPT-User (actions utilisateur) ; un quatrième robot, OAI-AdsBot, ne sert qu’à valider les pages publicitaires ;
- un stockage complet : contenu des pages, date de crawl, date de publication, en une douzaine de verticaux ;
- ce cache sert notamment les réponses du mode lockdown (voir le test ci-dessous).
Ce qui est récupéré en temps réel au moment de la requête :
- Google, via des scrapers interposés : Bright (résultats web et Google Maps) et Oxylabs (web et actualités) ;
- un troisième canal de scraping de SERP, tagué « serp », dont l’article ne nomme pas le moteur source ;
- Microsoft : Bing, seul fournisseur tiers officiel des offres Enterprise et Edu, vu aussi dans Deep Research ; potentiellement Web IQ (réserve exposée plus haut) ;
- des sources spécialisées : Yelp et TripAdvisor comme partenaires sous licence, plus deux canaux internes anonymes (sites d’entreprises et pages Facebook d’un côté, Google Maps de l’autre).
Au total, l’enquête recense au moins huit fournisseurs en plus de l’index propre, l’arbitrage entre index maison et scraping se faisant par tests A/B, requête par requête. Comme dans nos analyses sur les AI Overviews en France, la conclusion s’impose : Google reste au cœur du jeu, même dans ChatGPT.
Comment vérifier en dix minutes ce que ChatGPT a en cache ?
Peec AI propose un test très concret : passer par le mode lockdown de ChatGPT, documenté officiellement depuis juin 2026. Dans ce mode, la navigation n’est pas interdite mais limitée au contenu en cache, sans requête réseau sortante en direct.
Peec l’a appliqué aux pages d’accueil de Search Engine Journal, Search Engine Land et Search Engine Roundtable : toutes ont été servies depuis le cache, sans lecture en direct. Voici notre déclinaison pour votre site, dix minutes montre en main (l’estimation est de nous) :
- activez le mode lockdown dans ChatGPT ;
- demandez-lui d’afficher la dernière version de votre page d’accueil, puis de vos pages stratégiques ;
- comparez ce qu’il restitue avec la version réellement en ligne : contenu, fraîcheur, éléments manquants.
La recommandation de Peec est explicite : vérifiez si ChatGPT a déjà mis en cache vos pages les plus importantes. Absentes ou périmées ? Vous savez où travailler.
Ces informations peuvent-elles disparaître du jour au lendemain ?
Analyse. Précision utile : non, ces données ne sortent pas d’un mystérieux « flux de debug ». Les SSE sont le flux normal de rendu de l’interface. La vraie réserve est ailleurs : OpenAI a cessé d’exposer le champ result_source sans préavis, le 21 juillet 2026. Rien n’empêche que les autres signaux encore visibles (noms d’expériences A/B, tags de fournisseurs) disparaissent de la même façon. C’est notre interprétation, appuyée sur ce précédent, pas une citation. L’auteur de l’enquête prévient d’ailleurs lui-même : le système est reconstruit de semaine en semaine, et ce qui est documenté aujourd’hui peut avoir changé demain.
Que faut-il en retenir pour votre visibilité ?
Trois faits solides, trois conséquences pratiques :
- ChatGPT crawle et met en cache : votre site doit être accessible, rapide (Peec cite le Web Almanac de HTTP Archive : 58 % des pages mettent plus de 0,8 seconde à charger, d’où la valeur d’un cache), et surtout ne pas bloquer OAI-SearchBot, sous peine de disparaître des réponses de ChatGPT search ;
- Google reste une porte d’entrée vers ChatGPT : votre SEO classique alimente indirectement les réponses de l’IA, via les scrapers de SERP ;
- Bing compte enfin : c’est le seul fournisseur tiers officiel des offres Enterprise et Edu, celles qu’utilisent vos clients B2B.
Tout cela porte un nom : le GEO, Generative Engine Optimization. Nous avons détaillé la méthode dans notre guide complet du GEO, et notre équipe dédiée au GEO l’applique au quotidien. Pour faire le point sur ce que ChatGPT sait (ou ignore) de votre site, réservez un rendez-vous avec l’un de nos consultants bordelais.





